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Caméra surveillance extérieure : critères de choix et règles légales en France

Résolution, vision nocturne, stockage, abonnement, sécurité : bien choisir une caméra extérieure, et ce que la CNIL et la loi permettent de filmer chez vous.

La rédaction, Guides d'achat29 octobre 20269 min
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En résumé

Mal orientée, une caméra surveillance extérieure peut vous valoir une plainte de votre voisin avant même d'avoir dissuadé le moindre cambrioleur. En France, la CNIL est claire : un particulier ne peut filmer que sa propriété, jamais la voie publique, pas même pour garder un œil sur sa voiture garée devant chez lui. Le choix du matériel et le respect de la loi sont donc une seule et même question : une caméra qui sait masquer une partie de son champ vous facilite la conformité, une caméra bon marché mal sécurisée peut exposer vos images à des inconnus. Ce guide croise les deux, à partir des textes officiels et de la documentation des fabricants. La rédaction ne teste pas les produits : elle recoupe des sources vérifiables.

Ce que la loi vous autorise à filmer

Votre propriété, pas la voie publique

La fiche de la CNIL consacrée à la vidéosurveillance chez soi pose le principe : un particulier peut installer des caméras à son domicile pour en assurer la sécurité, à condition de respecter la vie privée des voisins, des visiteurs et des passants. Concrètement, vous pouvez filmer :

  • l'intérieur de la maison ou de l'appartement ;
  • le jardin ;
  • le chemin d'accès privé ;
  • la façade de votre domicile, que la CNIL cite dans sa réponse aux personnes filmées par un voisin.

En revanche, la rue, le trottoir et la propriété du voisin sont hors limites. Ce n'est pas qu'une recommandation de prudence. En 2014, dans l'affaire Ryneš, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé que la réglementation sur les données personnelles s'applique à une caméra installée sur une maison familiale et dirigée vers la voie publique. Autrement dit, dès que votre caméra déborde sur l'espace public, vous sortez du cadre « strictement domestique » et entrez dans celui du RGPD, avec ses obligations.

Voisins, visiteurs et employés à domicile

Filmer chez soi ne dispense pas de respecter le droit à l'image des personnes présentes : la CNIL le rappelle pour la famille, les amis et les invités. Deux situations demandent une attention particulière.

Une personne extérieure travaille chez vous (nounou, aide-soignant, femme de ménage). Le dispositif sort alors de la sphère strictement privée. La CNIL demande d'informer ces personnes de l'existence des caméras et de leur but, par exemple par un affichage ou une mention dans le contrat. Dans sa réponse consacrée au particulier employeur, elle précise trois règles :

  • les caméras servent à la sécurité des biens et des personnes, pas à filmer les employés en permanence ;
  • les employés savent où sont les caméras et qui peut visionner les images ;
  • les images ne sont pas conservées plus d'un mois, sauf cas particulier comme une procédure judiciaire.

Votre caméra donne sur un terrain voisin. C'est la source de conflit la plus fréquente. La personne qui s'estime filmée peut saisir le service des plaintes de la CNIL, la police, la gendarmerie ou la police municipale, le procureur de la République ou le tribunal civil.

Ce que vous risquez

La CNIL cite deux textes de référence. L'article 9 du Code civil protège le droit de chacun au respect de sa vie privée, et fonde une action civile. L'article 226-1 du Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende le fait de capter, enregistrer ou transmettre sans son consentement l'image d'une personne se trouvant dans un lieu privé. Une caméra qui plonge dans le jardin du voisin entre précisément dans ce cas de figure.

Aucune déclaration préalable n'est exigée d'un particulier qui filme uniquement chez lui. Ce qui compte, c'est le champ de vision, pas un formulaire.

Caméra surveillance extérieure : les critères qui comptent vraiment

Les fiches produit mettent en avant la résolution et la vision nocturne. Ces points comptent, mais quatre critères moins visibles déterminent davantage la satisfaction à l'usage et la conformité.

Étanchéité : lire l'indice IP

L'indice IP (pour « ingress protection ») est défini par la norme internationale IEC 60529. Le premier chiffre mesure la protection contre la poussière, le second contre l'eau. Un 6 en première position signifie étanche à la poussière.

IndiceCe que garantit le testUsage extérieur
IP65Jets d'eau projetés par une buse, de toutes directionsFaçade abritée, sous un avant-toit
IP66Jets d'eau puissants, de toutes directionsExposition directe à la pluie battante
IP67Immersion temporaire, jusqu'à 1 m pendant 30 minutesUtile si la caméra risque d'être submergée, rarement nécessaire en façade

Pour une caméra posée en façade, IP65 est un plancher, IP66 un confort si elle est exposée aux intempéries. Un IP67 n'est pas automatiquement « supérieur » : l'immersion et les jets sont deux essais différents.

Alimentation : batterie, secteur ou PoE

  • Batterie : pose sans câble, mais recharge régulière. L'autonomie annoncée par le fabricant dépend du nombre de déclenchements : une caméra face à une allée passante se vide bien plus vite que celle qui surveille un fond de jardin. Un panneau solaire d'appoint, proposé par plusieurs marques, limite les recharges.
  • Secteur : pas de recharge, enregistrement continu possible, mais il faut une prise extérieure ou un passage de câble.
  • PoE (Power over Ethernet, l'alimentation et les données passent par un seul câble réseau) : la solution la plus stable, sans dépendance au Wi-Fi, au prix d'une installation plus lourde.

Notre conseil : si votre Wi-Fi faiblit déjà au fond du jardin, une caméra Wi-Fi n'y fera pas de miracle. Vérifiez le signal sur votre téléphone à l'endroit exact de la pose avant d'acheter.

Stockage : microSD ou cloud, et l'abonnement qui ne dit pas son nom

C'est le piège le plus coûteux sur la durée. Certaines caméras enregistrent sur une carte microSD ou une base locale, d'autres dépendent du cloud du fabricant. Chez Ring, par exemple, la documentation officielle indique qu'un abonnement est nécessaire pour revoir les vidéos enregistrées ; sans abonnement, vous ne disposez que de la vue en direct et des alertes en temps réel. Le prix d'achat n'est donc qu'une partie du coût.

Avant d'acheter, posez trois questions : la caméra enregistre-t-elle sans abonnement, où sont stockées les images, et combien de temps. Un stockage local garde les images chez vous ; un cloud les protège si la caméra est volée ou arrachée. Les deux approches se défendent, à condition de savoir laquelle vous payez.

Zones de confidentialité et détection de mouvement

Les zones de confidentialité (ou masques de confidentialité) noircissent une partie de l'image : la caméra ne l'affiche pas et ne l'enregistre pas. Ring les décrit comme des zones « que votre caméra ne montre ni n'enregistre ». C'est l'outil qui vous permet de garder une caméra en façade tout en masquant le trottoir ou la fenêtre d'en face.

Ne les confondez pas avec les zones de détection de mouvement, qui limitent seulement les déclenchements d'alerte : une zone exclue de la détection reste filmée. Pour la conformité, c'est le masque de confidentialité qui compte. Vérifiez sa présence dans la fiche technique, ainsi que le nombre de zones disponibles.

Sécurité informatique : le point aveugle des modèles bon marché

Une caméra extérieure est un objet connecté qui diffuse des images de votre domicile. Sa sécurité informatique vaut autant que sa coque étanche. En octobre 2019, l'association britannique de consommateurs Which? a publié une enquête sur des caméras sans fil vendues sur Amazon, mises en avant comme meilleures ventes ou « Amazon's Choice ». Les quatre modèles examinés présentaient tous des failles critiques, dont un identifiant par défaut « admin » associé à un mot de passe facile à deviner. Which? estimait que plus de 50 000 caméras connectées vendues sur Amazon et chez d'autres revendeurs pouvaient présenter des failles critiques.

Vous ne pouvez pas auditer une caméra vous-même. Vous pouvez en revanche limiter les risques :

  • privilégiez une marque qui publie des mises à jour de firmware et un support identifiable en France ;
  • changez le mot de passe par défaut dès l'installation, et activez la double authentification si l'application la propose ;
  • installez les mises à jour quand elles arrivent ;
  • méfiez-vous des modèles anonymes à très bas prix, sans historique de mises à jour.

Installer et régler sans déborder chez le voisin

  1. Choisissez l'emplacement en fonction du champ, pas seulement de la vue. Une caméra placée haut et orientée vers le bas cadre l'entrée sans embrasser la rue.
  2. Ouvrez l'application et regardez l'image réelle avant de fixer définitivement le support. Le grand-angle annoncé par le fabricant englobe souvent plus que prévu.
  3. Masquez tout ce qui n'est pas chez vous : trottoir, chaussée, terrain et fenêtres voisines.
  4. Réglez les zones de détection pour éviter les alertes déclenchées par la circulation.
  5. Informez les personnes qui travaillent chez vous, et fixez une durée de conservation raisonnable.
  6. Nettoyez l'objectif de temps en temps : toiles d'araignée et traces de pluie dégradent la vision nocturne et multiplient les fausses alertes.

Si votre seule porte d'entrée donne directement sur la rue, la situation est délicate : une sonnette vidéo ou une caméra captera presque forcément un bout de trottoir. Recadrez au plus serré et masquez l'espace public, plutôt que de compter sur l'indulgence des passants.

FAQ

A-t-on le droit de filmer la rue avec une caméra de surveillance extérieure ?
Non. La CNIL précise qu'un particulier n'a pas le droit de filmer la voie publique, y compris pour surveiller sa voiture garée devant chez lui. Seule votre propriété peut être filmée.
Faut-il déclarer sa caméra de surveillance à la CNIL ?
Non, pas pour un usage limité à votre domicile. En revanche, si une personne extérieure travaille chez vous, vous devez l'informer de la présence des caméras et de qui peut voir les images.
Mon voisin me filme, que faire ?
Commencez par le dialogue. Si la caméra reste braquée sur chez vous, vous pouvez saisir le service des plaintes de la CNIL, la police ou la gendarmerie, le procureur de la République ou le tribunal civil.
Comment choisir une caméra extérieure ?
Visez au minimum un indice IP65, choisissez l'alimentation selon l'emplacement, vérifiez si l'enregistrement exige un abonnement et assurez-vous que la caméra propose des zones de confidentialité pour masquer ce qui n'est pas chez vous.
Une caméra extérieure peut-elle fonctionner sans Wi-Fi ?
Oui, avec un modèle PoE relié par câble réseau, ou un modèle qui enregistre localement sur carte microSD. Sans connexion, vous perdez en revanche les alertes et la consultation à distance.

L'essentiel avant d'acheter

Une bonne caméra de surveillance extérieure se juge autant sur ce qu'elle refuse de filmer que sur la netteté de ses images. Commencez par délimiter ce que vous avez le droit de surveiller, puis choisissez un modèle étanche, alimenté de façon réaliste pour l'emplacement, transparent sur son abonnement et doté de vraies zones de confidentialité. Pour comprendre comment nous sélectionnons nos sources, consultez notre méthodologie, et retrouvez nos autres guides dans la rubrique maison intelligente.

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